Circulation inter-file


Définition :

Un conducteur est en inter-files lorsqu'il circule entre les deux files de véhicules situées sur les deux voies de circulation les plus à gauche d'une chaussée.

Commentaires :

Mise à jour le 01 février 2020  : prolongation de l'expérimentation de la circulation inter-file pour les motocyclettes


A  titre expérimental et par dérogation à certaines règles de circulation, le décret du 26 décembre 2015 autorise la circulation inter-files de certains véhicules à deux ou trois roues motorisés d'une largeur d'un mètre maximum (type L3e ou L5e).  Dans le cadre de cette expérimentation, cette circulation n'est plus considérée comme un dépassement. La circulation inter-files est autorisée lorsque la circulation s'est, en raison de sa densité, établie en file ininterrompue sur toutes les voies, jusqu'à une vitesse maximale de 50 km/h. Elle ne peut être exécutée que sur les autoroutes et les routes, dont la vitesse maximale autorisée est supérieure ou égale à 70 km/h, à deux chaussées séparées par un terre-plein central et dotées d'au moins deux voies chacune, des départements des Bouches-du-Rhône, de la Gironde, du Rhône et de ceux de la région Ile-de-France, notamment le boulevard périphérique parisien. Afin de diffuser la connaissance de l'encadrement de cette pratique, les règles régissant la circulation inter-files seront intégrées à l'enseignement de la conduite de tout véhicule admis à circuler sur la voie publique. La durée de l'expérimentation, dont les dates de début et de fin sont fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, est de quatre ans, prorogeable dans la limite d'un an. L'expérimentation fera l'objet de rapports annuels d'évaluation. La circulation inter-files est expérimentée pour une période de quatre ans, prorogeable dans la limite d'un an à compter du 1er février 2016 jusqu'au 31 décembre 2020 (arrêté du 4 janvier 2016 fixant les dates de commencement et de fin de l'expérimentation de la circulation inter-files)


Cette légalisation de la circulation inter-file des motocyclettes sur certaines routes  interpelle à plusieurs niveaux. Son expérimentation est illusoire. Il sera difficile de revenir en arrière au bout de quatre ans sauf si nous assistons à une hécatombe de motocyclistes, ce qui heureusement, ne devrait pas se produire. Les résultats de son évaluation feront débat d'autant que l'état 0 n'a pas été pas fait. On ne connait pas le trafic de motocyclette en général et en interfile en particulier, les vitesses pratiquées et le nombre d'accidents en inter file dans les départements concernés par l'expérimentation. Pour l'instant, aucun rapport annuel n'a été communiqué.

La légalisation de cette pratique jusqu'alors illégale en toute circonstance, est une vieille revendication des associations de motocyclistes. En rebaptisant cette pratique, circulation inter-file, alors qu'il s'agit  d'une remontée de file elles ont obtenu adroitement un premier pas en ciblant les voies rapides.

Tout le monde s'accorde pour constater que cette pratique est dangereuse. D'ailleurs, le groupe de travail de la commission Guyot avait émis dans un document des réserves quant à cette légalisation qui ont été édulcoré dans le rapport final de cette commission. Ce document   mettait clairement en évidence que cette pratique  est source de très nombreux accidents dont la responsabilité revenait à 100% au motocycliste. Avec la légalisation, cette responsabilité sera très difficile à déterminer. Elle sera le plus souvent partagée, ce qui rend service aux assurances dédiées aux motocyclistes qui sont largement déficitaires.

Cette pratique étant essentiellement francilienne, elle va perturber les motocyclistes des autres départements concernés. Par exemple dans les Bouches du Rhône, la pratique est plutôt d'utiliser la bande d'arrêt d'urgence, ce qui semble moins dangereux.

Le décret présente des zones de flou dans les règles à respecter  à commencer par la première : « L'espacement latéral entre les véhicules circulant dans les deux voies les plus à gauche d'une chaussée est suffisant " .  Le décret ne déterminer pas cet espace suffisant. Or, il était pourtant facile de le déterminer. Il faut pour le moins que les voies de circulation fassent 3,50 mètres, ce qui est loin d'être le cas. Par exemple, cela interdirait la circulation inter-file sur la majeure partie de l'A86 et du périphérique.

Notons que le décret n'indique pas qu'il est dérogé à l'article R414-4 sur le dépassement. C'est donc probablement à tort que les attendus présentant le décret dit que la circulation inter-file n'est plus considérée comme un dépassement. Ce sera probablement une source de contentieux. Précisons que la Belgique qui a précédé la France sur ce point a explicitement mentionné cette dérogation pour les motocyclette dans son décret en conformité avec la convention de Genève sur les règles de circulation.

La seconde règle est claire : « Avant de circuler en inter-file, le conducteur avertit de son intention les autres usagers ». Cependant, la plupart des motocyclistes maintiennent leur clignotant en remontant une file ou active leur feu de détresse. Cela montre bien que ces conducteurs ont conscience qu'ils ne sont pas vus par les automobilistes. Cette détection sera d'autant plus difficile que la vitesse maximale autorisée de la remontée de file a été fixée à 50 km/h.  Concrètement, le temps de jeter un regard dans le rétroviseur, la moto aura doublé 6 véhicules à l'arrêt.

Notons également que la vitesse moyenne pratiquée en Belgique lors de la remontée de file est de l'odre de 72 km/h.

Au final, cette mesure aura des effets contre-productifs en matière de sécurité routière. Les experts du domaine sont unanimes sur cette question.

On déplorait déjà près d'une douzaine de décès par an liés à cette pratique en régulière augmentation et une gravitéplus forte que pour les autres accidents de moto. Ce bilan pourrait doubler. Cette légalisation aura aussi des effets induits en ville où la pratique de la remontée de file est très accidentogène, les piétons en étant souvent victimes. 

C'est donc aussi l'accidentalité impliquant un motocycliste qui risque d'augmenter par cette légalisation.

Dernier point, le fait de légaliser des pratiques illégales et dangereuses au motif que c'est le fait de la grande majorité des conducteurs est un encouragement pour tous les conducteurs à déroger aux règles de la circulation avec bonne conscience.  C'est notamment le cas des petits excès de vitesse qui vont débat régulièrement.


Rédaction le 20 avril 2018


Remontée file : La question de l'espacement latéral

Le décret du23 décembre 2015 stipule : La circulation inter-files s'effectue dans le respect des conditions suivantes :  1° L'espacement latéral entre les véhicules circulant dans les deux voies les plus à gauche d'une chaussée est suffisant ; Le décret se garde de préciser ce que peut être un espace suffisant. Cependant, il ajoute à l'alinéa 2 qu'aucunedes voies de circulation sur la chaussée ne doit être en travaux.

Cette restriction donne un indice puisque généralement la largeur des voies de circulation au droit de travaux est réduite à 3, 25 mètres voire 3,00 mètres. L'espace disponible entre deux files de circulation dépend des largeurs de voies. La largeur la plus courante issue des instructions techniques est de 3m50 pour les routes de rase campagne, les autoroutes et les voies rapides et  de 3m pour les routes urbaines. Lorsqu'il existe des contraintes d'espace, la largeur de voies de 3,50 mètres est souvent réduite à 3,25 mètres. C'est souvent le cas en Ile de France, comme par exemple sur le périphérique ou l'A86, site expérimentaux.  Il faut y ajouter la largeur du marquage qui est de 15 cm.

La largeur moyenne d'une voiture y compris ses  rétroviseurs est de 2,10 mètres. Celle d'un poids lourds ou d'un autocar est de 2,70 mètres. La largeur moyenne d'une motocyclette y compris ses rétroviseurs est de 0,90 cm.  En conséquence, l'espace latéral disponible pour les autoroutes et voies rapides ayant une largeur de 3,50 mètres est d'un mètre, 50 en considérant que chaque véhicule reste dans l'axe de sa voie.  Pour une moto, il lui reste donc environ à peine 20 cm de part et d'autre pour passer entre les deux filede circulation sachant par ailleurs, que les motocyclistes évitent de rouler sur le marquage.  Du fait de cet espacement déjà insuffisant, les motocyclistes incitent les automobilistes à serrer sur leur gauche ceux circulant sur la file de gauche et à serrer à droite ceux  circulant sur la file de droite.  Cette pratique n'est pas appliquée par les conducteurs de véhicule utilitaire et par les chauffeurs de poids lourds.

De cette analyse, il ressort que la remontée de file n'est praticable sans avoir pour l'automobiliste à dévier de sa trajectoire (et donc à effectuer une manœuvre perturbatrice, constitutive d'une faute en droit civile) que sur les voiries ayant des largeurs de voie confortables supérieures à 3,50 mètres.

Le cas de la Belgique est intéressant à cet égard puisque la largeur de leurs voies autoroutières et assimilées est de 3,60 mètres



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