Circulation inter-file


Défintion :

A  titre expérimental et par dérogation à certaines règles de circulation, le décret du 26 décembre 2015 autorise la circulation inter-files de certains véhicules à deux ou trois roues motorisés d'une largeur d'un mètre maximum (type L3e ou L5e). Un conducteur est en inter-files lorsqu'il circule entre les deux files de véhicules situées sur les deux voies de circulation les plus à gauche d'une chaussée. Dans le cadre de cette expérimentation, cette circulation n'est plus considérée comme un dépassement. La circulation inter-files est autorisée lorsque la circulation s'est, en raison de sa densité, établie en file ininterrompue sur toutes les voies, jusqu'à une vitesse maximale de 50 km/h. Elle ne peut être exécutée que sur les autoroutes et les routes, dont la
vitesse maximale autorisée est supérieure ou égale à 70 km/h, à deux chaussées séparées par un terre-plein central et dotées d'au moins deux voies chacune,
des départements des Bouches-du-Rhône, de la Gironde, du Rhône et de ceux de la région Ile-de-France, notamment le boulevard périphérique parisien. Afin de diffuser la connaissance de l'encadrement de cette pratique, les règles régissant la circulation inter-files seront intégrées à l'enseignement de la conduite de tout véhicule admis à circuler sur la voie publique. La durée de l'expérimentation, dont les dates de début et de fin sont fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, est de quatre ans, prorogeable dans la limite d'un an. L'expérimentation fait l'objet de rapports annuels d'évaluation.

Commentaires :

La légalisation de la circulation inter-file des motocyclettes sur certaines routes  interpelle à plusieurs niveaux. Son expérimentation est illusoire. Il sera difficile de revenir en arrière au bout de quatre ans sauf si nous assistons à une hécatombe de motocyclistes, ce qui heureusement, ne devrait pas se produire. Les résultats de son évaluation feront débat d'autant que l'état 0 n'a pas été pas fait. On ne connait pas le trafic de motocyclette en général et en interfile en particulier, les vitesses pratiquées et le nombre d'accidents en inter file dans les départements concernés par l'expérimentation.

La légalisation d'une pratique illégale, celle de la remontée de file en toute circonstance, est une vieille revendication des associations de motocyclistes. En rebaptisant cette pratique, circulation inter-file, elle a obtenu adroitement un premier pas en ciblant les voies rapides.

Tout le monde s'accorde pour constater que cette pratique est dangereuse. Elle  est source de très nombreux accidents dont la responsabilité revenait à 100% au motocycliste. Avec la légalisation, cette responsabilité sera très difficile à déterminer. Elle sera le plus souvent partagée, ce qui rend service aux assurances dédiées aux motocyclistes qui sont largement déficitaires.

Cette pratique étant essentiellement francilienne, elle va perturber les motocyclistes des autres départements concernés. Par exemple dans les Bouches du Rhône, la pratique est plutôt d'utiliser la bande d'arrêt d'urgence, ce qui semble moins dangereux.

Le décret présente des zones de flou dans les règles à respecter  à commencer par la première : « L'espacement latéral entre les véhicules circulant dans les deux voies les plus à gauche d'une chaussée est suffisant " .

Le décret ne déterminer pas cet espace suffisant. Or, il était pourtant facile de le déterminer. Il faut pour le moins que les voies de circulation fassent 3,50
mètres, ce qui est loin d'être le cas. Par exemple, cela interdirait la circulation inter-file sur la majeure partie de l'A86 et du périphérique.

Notons que le décret n'indique pas qu'il est dérogé à l'article R414-4 sur le dépassement. C'est donc probablement à tort que les attendus présentant le décret dit que la circulation inter-file n'est plus considérée comme un dépassement. Ce sera probablement une source de contentieux. Précisons que la Belgique qui a précédé la France sur ce point a explicitement mentionné cette dérogation pou rles motocyclette dans son décret en conformité avec la convention de Genève sur les règles de circulation.

La seconde règle est claire : « Avant de circuler en inter-file, le conducteur avertit de son intention les autres usagers ». Cependant, la plupart des motocyclistes maintiennent leur clignotant en remontant une file ou active leur feu de détresse. Cela montre bien que ces conducteurs ont conscience qu'ils ne sont pas vus par les automobilistes. Cette détection sera d'autant plus difficile que la vitesse maximale autorisée de la remontée de file a été fixée à 50 km/h.  Concrètement, le temps de jeter un regard dans le rétroviseur, la moto aura doublé 6 véhicules à l'arrêt.

Notons également que la vitesse moyenne pratiquée en Belgique lors de la remontée de file est de l'odre de 72 km/h.

Au final, cette mesure aura des effets contre-productifs en matière de sécurité routière. Les experts du domaine sont unanimes sur cette question.

On déplorait déjà près d'une douzaine de décès par an liés à cette pratique en régulière augmentation et une gravitéplus forte que pour les autres accidents de moto. Ce bilan pourrait doubler. Cette légalisation aura aussi des effets induits en ville où la pratique de la remontée de file est très accidentogène, les piétons en étant souvent victimes. 

C'est donc aussi l'accidentalité impliquant un motocycliste qui risque d'augmenter par cette légalisation.

Dernier point, le fait de légaliser des pratiques illégales et dangereuses au motif que c'est le fait de la grande majorité des conducteurs est un encouragement pour tous les conducteurs à déroger aux règles de la circulation avec bonne conscience.  C'est notamment le cas des petits excès de vitesse qui vont débat régulièrement.


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