Mars 2016

31 mars 2016 : Circulaire du Ministre de l'Intérieur aux Préfets

Le Ministre de l'Intérieur a  diffusé ce jour à l'ensemble des préfets une circulaire  leur demandant d'accentuer leurs efforts en matière de sécurité routière. Le ministre de l'Intérieur rappelle que les chiffres de la mortalité routière de ce début d'année requièrent une forte mobilisation de l'ensemble des parties prenantes. Le Ministre rappelle que si la sécurité routière est une coproduction dont les usagers de la route sont les acteurs premiers, la place et la responsabilité de l'État et de ses agents est essentielle et irremplaçable

Commnetaires :

Chaque année, à peu près à la même époque, le ministre en charge de la sécurité routière envoie ce type de circulaire aux Préféts. Il ne s'agit pas en soi d'une nouveauté. Ces circulaires rappelent les axes forts de la politique de sécurité routière pour l'année. Ce qui a changé depuis le transfert de la sécurité routière au sein du ministère de l'Intérieur, c'est la gouvernance de la politique locale de sécurité routière. Cette dernière s'était dotée d'outils efficaces depuis les vingt dernières années : le DGO dit document général d'orientation qui fixe les objectifs d'un département pour les cinq ans à venir et le PDASR (Plan départemental d'action de sécurité routière) qui organise l'action chaque année en s'appuyant sur un budget alloué par la Sécurité routière. L'ensemble était alimenté par une analyse fine de l'accidentalité à partir du fichier départemental des accidents réalisée par les observatoires départementaux de sécurité routière et par des études détaillées des accidents les plus graves (Enquêtes REAGIR puis enquête ECPA). Cette politique était animé par un coordinateur de sécurité routière, souvent le directeur de cabinet du Préfet. Cette gouvernance semble s'être diluée par un pilotage uniquement préfectorale dépendant de l'intérêt que porte le Préfet au sujet. Malgré la hausse de la mortalité enregistrée depuis deux ans, la Sécurité routière a perdu de se priorité en tant que politique publique.


31 mars 2016 : Les statistiques de la sécurité routière de l'Union Européenne pour 2015

Ces statistiques ont été publiées  par la Commission européenne. L'union
enregistre une hausse de +1% de la mortalité. En 2015,  26 000 personnes ont perdu la vie sur les routes de l'Union européenne, soit 5 500 de moins qu'en 2010. En 2015, l'Union européenne a comptabilisé en moyenne 51,5 tués par million d'habitants, soit un taux de mortalité routière semblable à celui des deux années précédentes. Ce ralentissement du mouvement de baisse, qui fait suite à un recul notable de 8 % en 2012 et en 2013, résulte de plusieurs facteurs, tels qu'une interaction accrue, en ville, entre usagers non protégés et usagers motorisés. Les usagers vulnérables (piétons, cyclistes, etc.) représentent en outre une large proportion des 135 000 personnes qui, selon les estimations de la Commission, ont été gravement blessées à la suite d'un accident de la route. C'est la première fois que la Commission publie de telles statistiques sur les blessés graves, les États membres de l'UE ayant commencé à lui communiquer des données comparables et fiables On estime à au moins 100 milliards d'euros le coût social (réhabilitation, soins médicaux, dommages matériels, etc.) des accidents entraînant des décès ou des blessures graves (source : UE sécurité routière).

Commentaires :

Aucune amélioration n'a été constatée globalement par rapport à 2014. L'indicateur du nombre de personnes tuées par million d'habitant a augmenté d'1%. On note cependant des écarts importants entre les pays ayant connu une baisse de la mortalité comme l'Irlande et la Pologne et ceux ayant connu une hausse comme la Finlande ou la Croatie. Les évolutions dans chaque pays dépendent de nombreux facteurs qui ne rendent pas aisés les comparaisons entre pays européen. Outre les politiques de sécurité routière qui sont menées dans chaque pays avec des effets plus ou moins importants, les conditions météorologiques ou les conditions économiques peuvent avoir un effet conséquent sur l'évolution de la mortalité d'une année sur l'autre. Il n'empêche que le rang de la France n'est pas glorieux. Il stagne depuis trois ans en se situant dans la moyenne de l'Union alors que d'autres pays avec des profils similaires comme l'Espagne continue de faire des progrès.


24 mars : 12 personnes décédées sur la RCEA 

Douze personnes de nationalité portugaise et résidant en Suisse sont décédées sur la RCEA (Route Centre Europe Atlantique), entre Moulins et Montbeugny, dans l'Allier dans la nuit du 24 mars. L'âge des victimes va de 7 à 60 ans. Ce groupe de Portugais se trouvait à bord d'une fourgonnette. Il se rendait à Coimbra au Portugal pour le week-end pascal depuis la Suisse. Pour une raison qui reste à déterminer, la fourgonnette s'est déportée vers la gauche et a percuté un camion qui arrivait en face. Le drame s'est produit  sur cette partie de la RCEA qui n'est pas encore en deux fois deux voies. 

Les douze passagers de la fourgonnette ont été tués sur le coup, dont un enfant accompagné de ses parents et un adolescent. Le conducteur, blessé, a lui été évacué à l'hôpital de Moulins. Il s'agit d'un portugais de 19 ans.  Les deux chauffeurs italiens à bord du poids lourd sont légèrement blessés mais choqués. Aucun des trois conducteurs n'avait consommé de l'alcool, tous ont été contrôlés négativement. 


Commentaires :

Parmi les facteurs imputables à ce terrible accident, une des questions que les enquêteurs se posent déjà est de savoir si la fourgonnette était homologuée pour transporter des passagers. De surcroît, elle était conduite par un conducteur novice. Il n'empêche que, contrairement
aux accidents impliquant en février des cars scolaires, les commentaires n'ont pas fait valoir la fatalité mais la dangerosité de la RCEA. Ce drame illustre tristement le caractère multifactoriel des accidents de la circulation.

En l'espèce, c'est la route qui est mise en accusation à juste titre. Cet itinéraire est très fréquenté car il constitue l'une des très rares
transversales qui ouvre la façade atlantique à l'Europe centrale. Elle se nomme RN 79 dans l'Allier, RN 145 dans la Creuse et RN 141 en Charente. Elle est connue sous le signe RCEA pour Route Centre Europe Atlantique. A l'origine, il s'agissait plutôt d'un axe touristique mais l'extension du réseau autoroutier avec l'A6 et l'A70 à l'Est et l'A20 à l'ouest a provoqué l'afflux d'un trafic lié aux échanges économiques, notamment le développement des échanges de marchandises entre l'Espagne et le reste de l'Europe. De surcroît, l'itinéraire, pratiquement gratuit sur sa totalité, est très prisé par les transporteurs routiers qui n'ont pas à remonter sur l'Ile de France.

Au fil du temps, la RCEA est devenue un axe privilégié pour les trajets de longue distance, en particulier pour les transports de marchandises tout en accueillant un trafic local. Très vite est donc apparu la nécessité de porter cette voie bidirectionnelle en une deux fois deux voies aux caractéristiques autoroutières. Plusieurs tronçons ont déjà été mis à deux fois deux voies, dont récemment à hauteur de Bresnay-Chemilly sur 18 kilomètres Emprunté par plus de 10.000 véhicules par jour, dont 40 % de poids lourds, cet axe est identifié par l'État comme un des quatre itinéraires les plus dangereux de France. Cette route a connu plus d'une cinquantaine de décès ces cinq dernières années.

Comment expliquer cette hécatombe ?

La section où s'est produit l'accident est la jonction entre deux anciens tronçons à deux fois deux voies. Elle sera le dernier chantier d'envergure avant les travaux effectués dans trois ou quatre ans, échéance où cet axe deviendra une autoroute. L'hécatombe est donc la résultante d'un étalement important dans le temps de la mise en œuvre de la mise à deux fois deux voies de la RCEA. Cette situation crée une multiplication de sections hétérogènes dégradant la compréhension de l'itinéraire par les conducteurs. Faute de financement, le gestionnaire de la route ne réalise du projet à deux fois deux voies qu'une chaussée intégrable à la future voie autoroutière. Visuellement, le conducteur peut ainsi voir des ponts à deux arches et croire, particulièrement la nuit qu'il roule bien sur une deux fois deux voies. Les conducteurs qui ne connaissent pas cette route se font piéger et doublent en confiance.  Cela explique que l'essentiel des accidents sur la RCEA sont des chocs frontaux. Ce phénomène de « trompe l'œil » est connu depuis les années 80. La facilité  a été de mettre ces accidents sur le dos des automobilistes vacanciers et d'implanter des radars fixes.

Puis, des solutions ont été recherchées et mises en œuvre pour mieux faire comprendre aux usagers les dangers spécifiques de la RCEA. En 2010, des panneaux de couleur orange, attirant l'attention des conducteurs sur les risques d'accident et la perte de vigilance, ont été installés  en français, en anglais, en allemand et en espagnol. Une série d'équipements ont suivi : barrettes sonores au milieu de la chaussée, balises souples, création de zones d'éveil, bandes granuleuses sur la chaussée, sécurisation des accotements, bandes médianes élargies, visant à obliger le conducteur à se tenir plus à droite et à se rendre compte qu'il est sur une route à seulement deux voies.

Puis, en 2012, des travaux étaient prévues comme l' interdiction de dépassement des poids lourds sur les créneaux de dépassements inférieurs à 2 km, la reprise d'accotements défectueux, des  panneaux d'annonce des créneaux de dépassement et des aires de repos, des bandes visibles de nuit par temps de pluie et la pose de feux clignotants orange au-dessus des panneaux indiquant le caractère bidirectionnel de la route et la création de parkings pour les voitures.

Ces aménagements ont-ils été efficaces ? Sont-ils présents sur l'axe incriminé entre Moulins et Montbeugny ? Peut-on encore faire plus efficace en aménageant une séparation physique provisoire pour dissuader les dépassements ? Autant de questions à se poser dès maintenant pour que d'ici 2021, la RCEA ne soit plus la route de la mort.


25 mars : Lancement d'une campagne de sensibilisation au risque moto

Cette nouvelle action de sensibilisation de la Sécurité Rouitère s'articule autour d'un nouveau film diffusé depuis ce jourà la télévision et sur les réseaux sociaux, deux spots radio, des témoignages de motards accidentés et de  leurs proches et des « Paroles de motards
Le réalisateur Bruno Aveillan signe un deuxième film « Onde de choc » pour la Sécurité routière. Comme dans le premier film avec des automobilistes, il met en évidence les bouleversements irréversibles engendrés par un accident de la route dans l'entourage des conducteurs
de deux-roues motorisés victimes de la route.

Commentaires :

Sur cette campagne comme beaucoup d'autres à la Sécurité routière menée depuis une vingtaine d'année, il est légitime de se poser la question de leur efficacité. Basé sur le registre de l'émotion, il est probable qu'elle ne touche que les personnes déjà convaincues (lire la rubrique débat sur le sujet)

 
11 Mars :  Publication du baromètre mensuel du mois de février

L'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) annonce une hausse de la mortalité routière 8,4%. C'est 20 personnes tuées en plus par rapport au mois de février 2015. Février 2015 a été marqué par un deux accidents mortels impliquant des cars scolaires avec un bilan de 8 jeunes décédées. Sur les deux premiers mois, la mortalité reste stable par rapport à l'année dernière.

Commentaires :  

Février 2016 marque aussi la quatrième hausse consécutive de la mortalité en février, traduisant la tendance à la hausse de la mortalité en général depuis cette année-là. C'est aussi le constat que les mesures prises depuis, notamment en 2015, ne produisent pas les effets attendus (lire l'analyse du mois).


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