Les mois de mars


D'une façon générale, les grandes variations de la mortalité d'un mois d'une année sur l'autre sont la résultante des conditions météorologiques, affectant le trafic à la hausse ou à la baisse et modifiant les comportements de conduite dans le sens d'une baisse des vitesses pratiquées ou d'une hausse. Cela concerne principalement les mois d'hiver et les mois d'été car ils présentent souvent d'une année sur l'autre de très forts contrastes dans la durée.

Les mois de mars n'échappent pas à ce constat. Ils alternent souvent hausse et baisse de façon assez nette. Elles touchent essentiellement les usagers automobilistes et les piétons, les usagers à deux-roues étant moins présents sur les routes l'hiver. Tel fut le cas en mars 2014 où après un mois de février très arrosé et venté, mars 2014 connut de belles conditions météo. Un anticyclone puissant s'était installé du 5 au 20 mars avec un temps ensoleillé et très doux. Le printemps arrivé en avance cette année s'est traduit notamment par une forte hausse de la mortalité des motocyclistes. Quant à la hausse importante de 2016, elle trouve en partie son explication avec l'accident du 24 mars au bilan très lourd de 12 personnes décédées sur la RCEA soit près de 5% de la mortalité de ce mois-là.

Une autre particuluarité du mois de mars qui peut impacter sur l'accidentalité (de plus ou moins 2%) est la présence ou non d'un week-end plus ou moins complet de Pâques. Bien que ce week-end soit beaucoup moins meurtrier que par le passé, il peut néanmoins mal se passer pour peu qu'il s'agisse du premier beau week-end suivant l'hiver. Ce fut le cas en mars 2016 qui contraste avec mars 2015


Mars 2018 :

Selon le baromètre de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 231 personnes ont perdu la vie sur les routes de France  métropolitaine en mars 2018. Comparé au  mois de mars 2017 où l'on avait déploré 267 morts sur ces routes, 36 personnes de moins ont été tuées, soit une baisse de -13,5%. En année glissante sur les 12 derniers mois, il apparait  une très légère baisse de - 1, 1 %. Depuis le début de l'année, correspondant au premier trimestre, la baisse est de -6,1%.

Commentaires :

La baisse de ce mois de mars laisse entrevoir une tendance à la baisse de la mortalité routière amorcée depuis le début de l'annonce de la baisse de 90 à 80 km/h de la vitesse maximale autorisée sur les routes bidirectionnelles hors agglomération en décembre dernier. Cette mesure devrait prendre effet le 1er juillet. Selon l'efficacité annoncée de la mesure, nous devrions enregistrer une baisse de la mortalité constante pendant au moins 12 mois entre-  5 et - 15 % (en fonction d'autres facteurs très influents au niveau mensuel comme les conditions météorologiques). Ces conditions très maussades pour le 1er trimestre 2018 se sont d'ailleurs probablement traduites par une baisse significative de la mortalité des usagers vulnérables qui s'exposent moins (piétons et usagers de deux-roues).
Cependant, signe encourageant, celle des usagers automobilistes qui aurait dû augmenter reste constante. Mars 2013 reste cependant le mois meurtrier des mois de mars. Cette année-là, avaient été testés les voitures-radars en Normandie. Il sera intéressant d'observer l'effet de ces voitures maintenant, comme il vient d'être annoncé, leur usage sera optimisé.


Mars 2017 :

Selon le baromètre de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 266  personnes ont perdu la vie sur les routes de France  métropolitaine en mars 2017. Comparé au mois de mars 2016 où l'on avait déploré 255 morts sur ces routes, 11 personnes de plus ont été tuées, soit une hausse de  + 4,3 % %. En année glissante sur les 12 derniers mois, il subsiste une très légère baisse de - 1, 7 %.

Mais nouveauté, l'ONISR met pour la première fois en avant le bilan du trimestre. Par cette présentation mettant en avant un bilan de la mortalité routière du 1er trimestre 2017 favorable par rapport à celui de 2016 (baisse de -3,7 %), la Sécurité Routière semble vouloir
faire diversion afin de minimiser le résultat décevant de ce mois de mars. Ce résultat est d'autant plus décevant que la hausse enregistrée (+ 4,3 %) succède à une hausse de +16,4 % enregistrée en mars 2016. Mars 2017 est ainsi à classer parmi les mauvais mois de mars des six dernières années.

Après le résultat exceptionnel du mois de février (-22,8 %), attribuable à priori à l'effet des mesures prises en début d'année (signalement des conducteurs en infraction au sein des entreprises et annonce de l'expérimentation des voitures-radars confiés à un prestataire
privé), on aurait pu espérer que mars confirme février et qu'une tendance à la baisse de la mortalité allait enfin s'amorcer.

Force est de reconnaître que d'autres facteurs, que l'on pourrait identifier par une analyse plus approfondie des accidents que la simple statistique, semblent annuler les effets favorables de ces mesures et générer une tendance à la hausse.

Ainsi, l'insécurité routière en France ne régresse plus depuis trois ans. L'évolution du nombre de personnes hospitalisées (2 279), victimes de la route dont on parle peu, est également préoccupante. Ce nombre a augmenté de +22 % par rapport à mars 2016. Il est le plus élevé depuis 2009 ! L'objectif de compter moins de 2 000 morts sur nos routes d'ici 2020 est désormais inaccessible.

On peut bien sûr mettre en cause la faiblesse du gouvernement qui a tergiversé pour baisser la vitesse maximale autorisée sur les routes hors agglomération pour finalement mener une expérimentation où il sera impossible de conclure. Cela aurait pu épargner 300 à 400 vies par an dès 2014 selon le rapport du comité des experts. Cette mesure restera d'actualité mais probablement présentée sous une autre variante pourqu'elle puisse être adoptée rapidement. Pour autant, cette mesure n'aurait suffi à atteindre l'objectif. D'autres mesures étaient proposées dont il n'était pas réaliste de penser qu'elles puissent être mises en œuvre dans les délais. Les experts tablaient également sur une baisse structurelle d'environ 3% de la mortalité, traduction des effets des améliorations constantes des véhicules et de l'infrastructure. Avec cette seule baisse, nous aurions dû compter à la fin de 2016 moins de 3200  morts sur nos routes or nous en sommes loin malgré l'année spectaculaire de 2013. Ce constat démontrerait que les politiques de sécurité routière ne fonctionnent plus aussi bien, en partie déstabilisées par la modification des équilibres du système de circulation. Les mauvais résultats que connaissent des pays européens, pourtant cités comme référence pour leur politique de sécurité routière, comme le Danemark (+18 % du taux de mortalité par million d'habitants en 2016), les Pays-Bas (+4 %) ou la Suède (+ 2 cet objectif. %) pourraient accréditer cette thèse. L'Union européenne s'inquiète d'ailleurs de voir l'objectif qu'elle s'est fixée de réduire de moitié la mortalité sur la décennie s'éloigner.  Il faudrait que la mortalité baisse désormais de 11,5% par an afin de respecter cet objectif. Elle cherche d'autres pistes d'action en s'interrogeant notamment sur les effets des
nouvelles technologies sur le comportement des conducteurs.


Rappel des évènements affectant l'accidentalité du mois :

RAS



Mars 2016 :

Le mois de mars 2016  connait une hausse significative de la mortalité par rapport à  mars 2015. 257 personnes sont décédées sur les routes, soit une hausse de +14,2%. Certes, ce mois de mars a été « pénalisé » par la présence du week-end pascal qui se situait en 2015 en avril, soit une hausse induite d'environ 1,5%. A contrario, ce mois ne comportait que 4 dimanches. L'effet calendaire a donc été pratiquement négligeable. Par contre, les conditions météorologiques très instables que nous avons connues assez typique d'un mois de mars alors que mars 2015 avait connu un déficit pluviométrique.
Cela explique pourquoi le nombre d'accidents corporels et leurs victimes augmentent aussi. Ce constat vaut également pour le mois de février. La hausse de la mortalité est plus forte que celle des accidents a cause de l'accident mortel survenu sur la RCA le 24 mars qui pénalise de 5% la hausse de la mortalité de mars 2016 par rapport à mars 2015.

Au final, corrigée de ces facteurs, la hausse intrinsèque de la mortalité routière en mars est de l'ordre de 5%.

Elle traduit la lente détérioration de la sécurité routière enregistrée depuis fin 2013. En année glissante, la mortalité est en hausse de 3%. Sur ces 12 derniers mois, c'est 3488 personnes qui sont décédées sur nos routes, autant qu'en mars 2013. Cette tendance à la hausse frappe les usagers des véhicules de tourisme bien avant 2013 et semble atteindre aussi les motocyclistes depuis les six derniers mois.

L'objectif d'atteindre moins de 2000 personnes tués sur les routes d'ici 2020 s'éloigne hélas de plus en plus et le spectre de refranchir la barre des 4 000 personnes tuées par an surgit au rythme de la hausse actuelle.

Plusieurs hypothèses peuvent être formulées pour expliquer cette tendance haussière. Ce qui est sûr est que celle avancée par le
ministère de l'Intérieur n'est pas convaincante. Certes, la hausse de l'accidentalité renvoie à une détérioration du comportement des usagers de la route, particulièrement automobilistes et motocyclistes mais la responsabilité de cette détérioration revient aussi à une faiblesse de l'efficacité de la politique de sécurité routière déployée depuis ces trois dernières années, faiblesse à la fois conjoncturelle et structurelle.

D'un point de vue conjoncturel, il est évident que la lutte contre les risques terroristes que la France connait, particulièrement depuis 2015, a pris le pas sur celle contre le risque routier. La priorité des Forces de l'Ordre est d'abord d'assurer la sécurité publique. Sont-elles moins présente pour surveiller les comportements ou les conducteurs pensent-ils qu'elles sont moins présentes ? Toujours est-il que l'on peut trouver cette explication à un éventuel relâchement des conducteurs, relâchement difficilement mesurable pour valider cette hypothèse. Une autre conséquence du contexte que nous connaissons serait un accroissement du trafic routier, résultat d'un évitement des transports aériens et ferrés. Cette hypothèse devra être vérifiée lors de la publication des statistiques sur la circulation routière en juin. Elle ne saurait expliquée à elle seule la hausse de la mortalité.

Une troisième hypothèse est la reprise économique que connait la France. De récentes études ont mis en évidence une possible corrélation entre la hausse du chômage et la baisse de la mortalité et inversement. Ce constat semble plus observable en Allemagne où la mortalité a
augmenté sensiblement en 2015. Cependant, il n'y a pas en France véritablement une baisse du chômage et donc une reprise économique significative pour expliquer la tendance à la hausse de la mortalité.

Au-delà de ces aspects conjoncturels qui influent sur l'évolution de l'accidentalité d'une année sur l'autre, les aspects structurels pèsent davantage sur le long terme. A cet égard, la politique de sécurité routière menée à partir de 2002 jusqu'en 2010 a montré son efficacité. Cette efficacité semble s'effriter depuis malgré une année 2013 plutôt favorable. L'évolution positive des comportements trouve sa source dans l'impact de cette politique. Est-elle devenue moins convaincante  ou moins convaincante. C'est une possibilité d'autant que ces détracteurs sont de plus en plus audibles depuis la renaissance du CNSR en 2012 alors qu'ils ne l'étaient pas antérieurement.

Par ailleurs, une autre hypothèse serait que le passage de la Sécurité routière du ministère en charge des transports à celui en charge de la sécurité publique a fait perdre de la cohérence à la politique de sécurité routière. Jusqu'en 2010, la Sécurité routière regroupait toutes les
actions du système de sécurité routière : le véhicule, l'infrastructure et l'usager. Depuis, elle ne maîtrise que la partie comportementale des usagers.

Mars à cet égard illustre cette hypothèse avec l'accident mortel survenu sur la RCEA. Pour une fois, l'accident ne semblait pas être issu
de la fatalité mais du danger intrinsèque de la route quand bien même le comportement des conducteurs impliqués.


Rappel des évènements affectant l'accidentalité du mois :

24 mars : 12 personnes décédées sur la RCEA 

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