Passage piéton

Définition :

Terme utilisé dans le langage courant pour désigner le plus souvent l'emplacement où le piéton est autorisé à traverser la chaussée et où les véhicules sont tenus de leur céder le passage.

Commentaires :

Curieusement, le code de la route n'utilise jamais le terme "passage piéton" mais lui préfère dans les différents articles concernant la traversée des piétons, le terme "passage prévu à l'intention des piétons" ou "passage réservé à la circulation des piétons".  Les premiers passages piétons étaient appelés "passages cloutés" du fait qu'ils étaient matérialisés par des clous d'où l'expression encore parfois utilisée. Les clous ont ensuite été remplacés dans les années 1970 par des bandes blanches au sol. Les passages piétons sont souvent à tort appelés "passages protégés", cette protection étant toute relative; notamment dans les carrefours à feux.

Les bandes blanches, signalisation de reconnaissance d'un passage piéton, sont définies par l'article 118 de l'instruction interministérielle sur la signalisation - 7ème partie - Marquage. Le terme utilisé dans cet article est  "Passages pour piétons".  Les  passages  pour  piétons  sont  délimités  par  des  bandes rectangulaires ou parallélépipédiques blanches parallèles à  l'axe  de  la  chaussée,  d'une  longueur minimale de 2,50 m en ville et d'une longueur de 4 à 6  mètres en rase campagne ou dans les traverses de petites agglomérations. La largeur de ces  bandes  est  de  0,50  mètre  et  leur  interdistance  de  0,50  mètre  à 0,80 mètre. Ce marquage est obligatoire en la forme pour désigner un passage piéton. Tout autre marquage ou figuration ne confère aucun droit et aucune obligation aux piétons. Les produits de marquage de ces passages doivent respecter une norme spécifique, notamment afin de prévenir des problèmes d'adhérence en cas de freinage d'urgence d'un véhicule. C'est aussi pourquoi la mode actuelle de rendre plus visible un passage piéton par des effets optiques ou en faisant appel au street art n'améliore en rien l'efficacité de la visibilité du piéton s'apprêtant à traverser ou en cours de traverser.

Quant à la signalisation verticale, elle n'est pas obligatoire. Elle peut se faire par le panneau de danger nomenclaturé A13b en amont du passage et/ou par un panneau de position nomenclaturé C 20. Ces panneaux sont rarement utilisés en ville mais davantage sur les traversées de village.

L'obligation pour les véhicules de cédez le passage aux piétons est une obligation récente. Il y a toujours eu une croyance que les véhicules avaient l'obligation de s'arrêter à ces endroits en présence d'un piéton. Or, les textes du code de la route étaient loin d'être explicites à ce sujet. Cette obligation n'est vraiment devenue explicite que depuis le décret du 12 novembre 2010 modifiant l'article R 415-11.  Cet article spécifiait jusqu'alors que le conducteur était tenu de céder le passage au piéton s'engageant régulièrement dans la traversée. Il subsistait un flou quant à la notion d'engagement d'une part et d'autre part la notion de régulièrement était restreinte par l'article R 412-37. Ce dernier stipule que le piéton doit tenir compte de la visibilité ainsi que de la distance et de la vitesse des véhicules. Ces réserves permettaient de douter du caractère prioritaire du piéton. Le décret du 12 novembre 2010 a ajouté l'obligation de cédez le passage pour les automobiistes lorsque le piéton  manisfeste clairement son intention de traverser. A noter que cette règle s'impose au conducteur qu'il y ait ou nom un passage piéton.

D'autres obligations sont prévues par le code de la route pour ne pas entraver l'accès au passage piéton  comme celle de l'interdiction de stationner et de s'arrêter (R 417-10 et R 417-5) ou celle de doubler (R 414-5).

L'article R 414-11 accroît également la sanction puisque l'amende devient une amende de 4ème classe et le retrait de point passe de 2 à 4 points. Loin de croire, à la suite de cette nouvelle réglementation que le piéton est vraiment protégé d'un point de vue réglementaire. Le texte ne précise pas notamment quelle est la manière pour le piéton de manifester son intention de traverser. Pour autant, c'est au conducteur d'apprécier cette manisfestation. Par ailleurs, la notion de protection résulte davantage de la qualité de l'aménagement de la traversée piétonne qui va induire le comportement des conducteurs.

Ces aménagements doivent viser à réduire la vitesse d'approche des véhicules (à moins de 50 km/h pour bien faire), à améliorer la visibilité mutuelle entre piéton et conducteurs en supprimant tous les masques à cette visibilité et ils sont nombreux en ville et à réduire la longueur de la traversée (à moins de 7 mètres afin de réduire le temps d'exposition qui peut être très long pour une personne âgée). Ces aménagements sont décrits dans de nombreux guides techniques. Ils étaient déjà présentés dans une brochure datée de 1985 ! Hélas, aucune obligation ne s'impose aux gestionnaires des voies pour traiter les passages en respectant ces bonnes pratiques. Seules s'imposent à eux des règles d'accessibilité telles que définies par l'arrêté du 15 janvier 2007, consolidé le 3 octobre 2012, portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre  2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics. La plupart des municipalités se mettent en conformité de ces exigences, mais hélas sans se reposer la question de la pertinence de l'emplacement du passage piéton.

Généralement présent en carrefour pour assurer la continuité d'un trottoir (si celui-ci existe), il n'existe aucun critère technique et réglementaire imposant l'implantation d'un passage piéton, notamment en dehors des carrefours en section courante (contrairement à d'autrs pays comme le Royaume-uni, l'Allemagne ou la Suisse).

La norme SN 640 241 «Passages pour piétons» définit des critères restrictifs pour la mise en place d'un passage piéton. Elle prévoit notamment un minimum de 50 piétons/300 véhicules à l'heure de pointe. Ce critère est certe discutable mais il a le mérite de se poser la question des flux piétons et du trafic véhicule. De surcroît, le flux de piétons a tendance à augmenter en présence d'un passage piéton car cet aménagement attire les piétons en quête de plus  de sécurité. Par ailleur, la norme ajoute qu'en dessous de ce quota, il est possible de mettre en place un passage  à  proximité  de  lieux  tels  qu'une  école,  un  hôpital  ou  un  établissement  pour personnes âgées.

L'analyse des cheminements piétons est en réalité essentielle pour déterminer si  l'implantation d'un passage est nécessaire pour apporter un réel plus pour la sécurité des piétons sans oublier que le piéton aura toujours tendance à prendre le chemin le plus court pour se déplacer quand bien même la présence d'un passage à proximité.


2 août 2018 : Expérimentation de l'implantation d'un marquage au sol pour signaler un passage pour piétons avec un effet tridimensionnel

La direction de la sécurité routière (DSR) vient de prendre un arrêté dérogeant aux dispositions de l'arrêté du 24 novembre 1967 sur la réglementation des marquages au sol afin d'autoriser permettant l'implantation, à titre expérimental, d'un marquage au sol avec effet tridimensionnel de certains passages pour piétons dénommés « PP3D ». S'appuyant sur  l'article 14-1 de l'instruction du 22 octobre 1963, la DSCR créer un régime de déclaration préalable auprès du ministre chargé de la sécurité routière.
Les caractéristiques de ce marquage au sol « PP3D » ont été préalablement fixées. Quant au suivi de cette expérimentation, il donnera lieu à l'établissement d'un rapport intermédiaire et d'un rapport final d'évaluation.
Le rapport intermédiaire sera transmis au délégué à la sécurité routière et à la directrice des infrastructures de transport par voie électronique au plus tard le 31 décembre 2018 à minuit. Le rapport final est transmis au délégué à la sécurité routière et à la directrice des infrastructures de transport par voie électronique au plus tard le 31 décembre 2019 à minuit.

L'objectif du dispositif expérimenté, selon la DSR, est d'améliorer la sécurité des piétons quitraversent une chaussée, en augmentant la perception du passage pour piétons du point de vue des usagers circulant sur la chaussée.  Pour réaliser cet effet visuel, cette signalisation consiste à marquer le passage pour piétons à l'aide de plusieurs couleurs et avec des figures géométriques générant un effet de relief.

Commentaires :

Ce marquage a été mis au point par une société qui a priori en détient les brevets. Plusieurs villes se sont laissées tenter par cette signalétique dont la ville de Paris qui a déjà obtenu une autorisation pour quatre passages : dans le 7e arrondissement, au 58 de la rue de Varenne ; dans le 14e arrondissement, au carrefour des rues Raymond-Losserand et Gergovie ; dans le 14e arrondissement, au carrefour des rues Raymond-Losserand et Pernety ; dans le 14e arrondissement, au carrefour des rues de l'Ouest et du Château ; dans le 18e arrondissement, au 69 de la rue Damrémont.

Pour autant, depuis que le marquage des passages piétons est réalisé par les fameuses bandes rectangulaires blanches  d'une largeur de 50 cm, des études ont montrés qu'il n'y avait plus de défaut de détection de la présence d'un passage piéton par les automobilistes sauf par défaut d'entretien de ces bandes ce qui est fréquent. Cette innovation ne devrait donc apporter aucune réelle plus-value pour la sécurité des piétons. Il est probable que cela ne soit qu'un gadget pour montrer aux piétons que la collectivité prend soin d'eux. Ce gadget a un coût de réalisation et surtout un coût d'entretien nettement supérieur au marquage traditionnel. Il peut même révèlera des effets néfastes notamment au regard de sa glissance.

En réalité, les problèmes que rencontrent les piétons dans leur traversée sont liés directement aux critères d'implantation du passage; visibilité du piéton lors de sa traversée, vitesse d'approche des véhicules réduites et distance de traversée réduite et qualité du marquage. Ces quatre critères permettent d'évaluer si un PP présente un niveau de sécurité correcte.

Il serait probablement plus efficace pour la sécurité des piétons de procéder  obligatoirement et régulièrement dans chaque ville à  un audit de sécurité des passages piétons selon ces critères.

En conséquence, on ne peut être que dubitatif sur cette expérimentation qui ne résout pas les vrais problèmes de sécurité que rencontrent les piétons dans leurs traversées. Ces problèmes étant connus depuis plus de vingt ans ainsi que les solutions pour y remédier (visibilité du piéton lors de sa traversée, vitesse d'approche des véhicules réduites et distance de traversée réduite et qualité du marquage), il serait plus efficace que la Sécurité Routière et les collectivités locales concentrent leurs moyens sur un programme de mise en sécurité de tous les passages piétons. 

De surcroît, en admettant que cette expérimentation apporte une légère plus-value en termes de perception des passages piétons, il est difficile d'imaginer de généraliser ce type de passage au risque de déboucher deux niveaux de passages piétons avec des significations différentes.



Rédaction le 27 juin 2018

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