Le grand désordre de la signalisation en France

27/10/2026 15:25

Tout conducteur se souvient de son examen théorique où chaque panneau est à sa place, net, rigoureux, répondant à une logique implacable où la signalisation s'emboîte harmonieusement avec l'environnement. Le futur automobiliste apprend que la route est un espace de certitudes juridiques et de sécurité millimétrée.

Puis vient pour le conducteur, le permis en poche, l’épreuve du réel. À force de croiser des limitations de vitesse incohérentes, des interdictions injustifiées, des priorités fantaisistes, la signalisation perd toute sa sacralité à ses yeux. Il prend vite l’habitude de décider lui-même parmi tous ces messages ce qui lui est utile ou non et finit par conduire à l'instinct. Face à ces approximations dans l’application des instructions interministérielles sur la signalisation routière (IISR) par les gestionnaires de la voirie, les conducteurs oublient la théorie pour s’arranger avec la lecture qu’ils  ont de la route.

Ce grand désordre de la signalisation s’est installé dans notre pays à partir du basculement de la gestion des routes dans les années 1970 puis plus nettement depuis les années 2000. Avec le démantèlement des Directions départementales de l’Equipement (DDE) dans les années 2000, la compétence "signalisation" a été totalement morcelée selon la nature juridique de la route. En passant d'une gestion unique à des milliers de gestionnaires locaux autonomes (mairies, intercommunalités, départements), la compétence s'est perdue, se traduisant par des erreurs d'interprétation du bricolage réglementaire que nous pouvons constater tous les jours dans nos rues et sur nos routes.

Résultat : pratiquement un panneau sur cinq n’est pas le bon ou n’est pas installé au bon endroit. C’est un constat qu’a fait depuis quelques années le Syndicat des équipements routiers (SER) tout comme le Cerema car la situation continue à se dégrader. Alors que la signalisation se complexifie avec l’arrivée des nouvelles mobilités et des règles y afférent, la formation initiale des techniciens de la voirie s'est diluée. Elle est souvent considérée comme secondaire aux savoir-faire techniques que sont l'aménagement urbain ou le génie civil alors que la signalisation est un langage de communication codifié qui doit être enseigné. Conscient de cette dilution le Cerema vient d'ailleurs d’ouvrir une formation intitulée : Maîtriser les fondamentaux de la signalisation routière.

Pour autant, face à la multiplication des erreurs dans l’usage des panneaux et des marquages, particulièrement dans nos villes et villages, l'instauration d'un contrôle de la signalisation périodique, obligatoire et indépendant, à l’instar des contrôles effectués dans les établissements publics est devenue une urgence absolue pour la sécurité routière.

La signalisation n’est-elle pas un facteur contributifs directs dans près de 6 % des accidents de la route et de façon indirecte dans un accident sur quatre ?     

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