Les baromètres mensuels de 2016

L'observatoire national interministériel de la sécurité routière 'ONISR) vient de publier le bilan provisoire de l'accidentalité.

2016 vient de connaître le mois de décembre le plus meurtrier depuis 2011. Il conclut une troisième année consécutive de hausse annuelle : +0,2% après +3,5% en 2014, +2,3% en 2015.  La dernière fois qu'une telle situation s'était produite concernait les années 1970,1971 et 1972. Tous les autres indicateurs sont également à la hausse (le nombre d'accident : +1,1 %, le nombre de personnes blessées : +2 % dont le nombre de blessées hospitalisées : +2,3 %.

2016 vient de connaître le mois de décembre le plus meurtrier depuis 2011. Il conclut une troisième année consécutive de hausse annuelle (+0,2%) après celle de 2014 (+3,5%) et de 2015 (+2,3%).  La dernière fois qu'une telle situation s'était produite concernait les années 1970,1971 et 1972.  Que peut nous inspirer ce triste constat ?

D'importants progrès ont été accomplis en matière de sécurité routière depuis le pic de la mortalité atteint en 1972.  C'est le
fruit de nouvelles règles de circulation, de leur plus grand respect, d'une meilleure formation des conducteurs ainsi qu'une conception des véhicules et des infrastructures plus sûre.

Le rapport du comité des experts du CNSR paru le 29 novembre 2012[i] avait constaté qu'il existait depuis cette année 1972 une tendance à la diminution de l'insécurité routière d'environ 3 % en moyenne annuelle sans mesure nouvelle sous les effets combinés du taux de pénétration croissant des technologies automobiles en sécurité passive (protection des occupants et des usagers vulnérables) et des aides à la conduite , de la continuation de l'amélioration du réseau routier, et de toutes les autres
mesures de sécurité routière du passé qui continueraient à produire des effets au cours de la période
.

Force est de constater que cette tendance vertueuse s'est interrompue depuis trois ans au profit d'une tendance à la hausse en moyenne de 2 % par an.  Il y a urgence à s'interroger sur ce renversement de tendance car il ne saurait s'expliquer uniquement par un affaiblissement de la politique de sécurité routière.

Certes, le même rapport proposait des mesures nouvelles, en rupture avec les mesures prises au cours des dernières années, pour atteindre l'objectif de moins de 2 000 personnes tuées sur nos routes en 2020, dont une mesure phare concernait l'abaissement de la vitesse maximale autorisée sur les routes bidirectionnelles hors agglomération à 80 km/h. Ce rapport proposait également de réduire le risque lié aux obstacles latéraux ainsi que de réduire la fréquence des alcoolémies non réglementaires. Il proposait enfin de renforcer le management de la sécurité routière par une gouvernance politique réaffirmée, par le contrôle du respect de la loi, par des politiques
d'aménagements et de déplacements, par la revalorisation de la valeur tutélaire de la vie humaine et par une politique de communication.

Ces propositions se devaient d'être la feuille de route du gouvernement. Elles permettaient d'épargner 800 vies par an et d'enregistrer moins de 2 500 personnes tuées en cette fin d'année 2016. Elles auraient pu être opérationnelles dès l'année 2014.

Nous sommes loin d'un tel bilan. Pire, les évolutions du parc automobile, de l'infrastructure et des comportements ne produisent plus d'effet à la baisse de la mortalité. Elles produisent une tendance haussière qui conduit à se poser des questions sur l'évolution actuelle de notre système de circulation au regard des visions futuristes de la mobilité qui ont cours actuellement.

N'est-ce pas le moment de revoir l'approche de l'insécurité routière avec en corollaire une remise à plat de la mise en œuvre de la politique de sécurité routière ?

Il est bien possible que notre système de circulation, après avoir connu des améliorations constantes, est sérieusement en train de se dégrader ? Peut-on notamment être certain que les aides à la conduite qui se développent actuellement produisent véritablement les effets favorables escomptés au regard des compétences des conducteurs ? Peut-on vraiment penser que l'intrusion de la communication (téléphonie et autre connectiques) à bord des véhicules améliore l'attention et la vigilance des conducteurs ? Peut-on réellement estimer
que l'on porte autant d'attention à la sécurité des routes et des rues (il suffit de regarder toutes les incohérences dans les limitations de vitesse) ?
A trop focaliser sur le conducteur et son comportement, n'a-t-on pas oublié de lui donner les outils de régulation dont il a besoin et qui sont déjà opérationnels : LAVIA, Boîte noire, EAD pour les véhicules, harmonisation des vitesses maximales autorisées, contrôle de sécurité obligatoire et indépendant pour les routes ? Est-ce vraiment un oubli d'ailleurs ou un renoncement coupable ?

Visiblement pour les années qui viennent, la recherche et les investissements préfèrent s'orienter prioritairement vers la voiture sans ce conducteur, solution supposée à l'insécurité routière. Personne ne semble plus se soucier du présent et d'une transition qui pourrait être longue et douloureuse.

© 2015 Tous droits réservés.

Optimisé par le service Webnode