Le baromètre mensuel de l'accidentalité

La présente rubrique propose une analyse du baromètre mensuel publié chaque mois par l'ONISR. Au préalable, il convient de savoir comment il est construit, pourquoi il existe en l'état et quels sont ses biais.

Description :

Chaque mois, l'observatoire interministériel de la sécurité routière (ONISR) publie un bilan de l'accidentalité routière du mois précédent.
Ce bilan est connu sous le nom de baromètre mensuel. Ce bilan est produit à partir des données recueillies sur le terrain par les forces de l'ordre qui sont intervenues sur les lieux d'un accident. Elles sont dénommées dans le jargon « remontées rapides » car elles ne comprennent que peu d'information par rapport aux données BAAC (bulletin d'analyse des accidents de la circulation) qui font l'objet d'un autre recueil.

Les informations agrégées par département  sont les suivantes : nombre d'accidents, nombre de personnes tuées, nombre de personnes hospitalisées, nombre de personnes blessées, nombre de personne tuées selon les catégories suivantes : véhicule léger, motocyclette, cyclomoteur, piéton, vélo, poids lourds, autres et selon les classes d'âge suivante : moins de 14 ans, 14/17 ans, 18/24 ans, 25/65, plus de 65 ans.

Le bilan de l'accidentalité du mois est comparé à celui du même mois de l'année précédente. 

Ce bilan donne aussi l'évolution de la mortalité depuis le début de l'année, comparée à l'année précédente ainsi que celle des 12 derniers mois écoulés (dit année glissante).

Commentaires :

Le baromètre mensuel est avant tout un outil de communication plutôt qu'un outil statistique. D'ailleurs, ce baromètre a été instauré à cette fin dans les années 1990. L'objectif était de trouver un support qui suscite des interventions médiatiques et produisent une communication gratuite de sensibilisation à la sécurité routière.

Force est de constater qu'il s'agit d'une réussite. Le résultat du baromètre fait l'objet d'un communiqué de presse gouvernemental et l'AFP suivi des autres médias diffusent largement ces résultats. Seules, les statistiques du chômage connaissent le même traitement ! La reprise médiatique est d'autant plus forte que la hausse ou la baisse de la mortalité dépasse la dizaine.

L'évolution de la mortalité mensuelle n'a d'ailleurs de sens statistique que si la variation enregistrée est de plus ou moins 3%  et peut être considérée comme significative au-delà de 10% Cette évolution mensuelle fait ainsi à juste titre l'objet de critiques, au regard de cette fragilité statistique.

La première critique  fondée qu'il est possible de formuler au regard de la méthode utilisée porte sur les données de mortalité  affichées. Ce sont des données extrapolées calculées à partir des remontées rapides. Cette extrapolation permet d'avoir des données à 30 jours alors que le baromètre est rendu public un peu avant le milieu du mois. Les coefficients d'extrapolation sont issus de la comparaison des remontées rapides sur plusieurs années avec les données définitives du fichier BAAC. Il subsiste néanmoins une marge d'erreur d'environ 3% pour l'ensemble des données de la mortalité. Cette marge est plus grande pour la plupart des subdivisons par catégorie d'usagers car cela concerne de petit nombre. Elle est également plus grande pour les autres indicateurs d'accidentalité, en particulier le nombre de blessés hospitalisés.

La seconde critique porte sur le fait de comparer le mois avec le même mois de l'année précédente. Il est en effet délicat de tirer des conclusions sur l'évolution de la mortalité avec une telle comparaison car les biais sont nombreux.

Le premier biais concerne l'effet calendaire. D'une année sur l'autre, il y a automatiquement un jour qui disparait et un autre qui apparait. Ce jour  n'a pas le même poids en termes de mortalité.  Ce glissement peut affecter de plus ou moins 2% le bilan mensuel (dans le cas par exemple d'un mois à 5 dimanches comparé à un mois de l'année précédente qui n'en aurait que 4).

Un deuxième biais calendaire concerne la place des jours fériés dans le calendrier ainsi que celle des vacances scolaires. Ce biais concerne pratiquement tous les mois : janvier (position du 1er), février (si bissextile et vacances d'hiver),  mars si comprenant Pâques,  avril (Pâques et vacances de printemps), mai (selon la position du 1er , 8 , de l'Ascension et de la Pentecôte),  juin (selon la date des congés scolaires), juillet (selon le 14), août selon le 15 et la fin des
congés scolaires), octobre (selon les vacances de la Toussaint,  novembre ( selon le 1er et 11), décembre (selon la position du 25). Ce biais peut affecter de plus ou moins 1% le bilan mensuel.

Un troisième biais, le plus important, concerne les conditions météorologiques. Ces conditions affectent à la fois les déplacements des différents usagers et leur sécurité. Il apparait ainsi que les usagers vulnérables sont particulièrement « météo sensibles ». Les deux-roues motorisés circulent davantage par beau temps sec et chaud que par temps frais et pluvieux. Leur mortalité est fortement relayé à la fréquence de leur déplacement. Le mois de juillet correspond traditionnellement à leur pic de la mortalité et à l'opposé se situe janvier. L'impact peut être de 40% en plus et en moins par rapport à la mortalité mensuelle moyenne. La mortalité générale  d'un mois d'été pluvieux peut s'en trouvé réduite de plus de 5%. Les piétons ont à peu près la même sensibilité. Le mois de décembre correspond traditionnellement à leur pic de leur mortalité et à l'opposé se situent les mois d'été.   L'impact peut être également de 40% en plus et en moins par rapport à la mortalité mensuelle moyenne. Il est possible certains mois que l'effet des conditions météorologiques impacte de plus de 15% la variation mensuelle d'une année sur l'autre de la mortalité.

Au final, les différents biais cumulés pourraient conduire  à fausser l'évolution de la mortalité d'un mois d'une année sur l'autre de plus ou moins 20% !

L'ONSIR tente depuis quelques années de mettre au point un logiciel permettant de corriger ces données mais l'exercice est difficile.

Au final, seule l'évolution de la mortalité en année glissante sur plusieurs mois permet un début d'analyse sur la tendance à l'amélioration ou à la détérioration de la sécurité routière. Celle concernant uniquement les véhicules légers serait la plus pertinente car ces véhicules sont nettement
moins météo sensibles. Cette courbe en particulier devrait davantage retenir l'attention des commentateurs.


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